Exposition proposée par l'Association
Cinémas et Culture d'Afrique
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Au
cur de l'exposition, les gestes
de la femme ou de l'homme devant le
métier, dans l'atmosphère
paisible de l'atelier. Et, naturellement,
les belles pièces, presque
toujours identifiables au premier
regard, hanbels du Maroc, kerkas du
Mali, kentes du Ghana.
Construite
en collaboration étroite avec
des artistes africaines et français,
cette exposition rend compte d'une
tradition encore très vivace
malgré la concurrence massive
de l'industrie.
Dans
la région de Ouarzazate au
Maroc, à Kpetoe et Bonwire
au Ghana, et un peu partout au Mali,
des milliers de personnes croisent
les fils pour embellir le décor
du monde.
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 Le
Tissage au Mali
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Selon certaines thèses,
le métier à tisser aurait
été inventé plus
ou moins simultanément dans
plusieurs endroits de la planète.
L'un de ces centres de création
serait le Mali. Dès le XIe
siècle, le tissage du coton
était développé
chez les Tellems (habitants des falaises
avant les Dogons).
Au Mali, le travail du tissage est
habituellement réservé
aux hommes. Il se pratique sous un
arbre dans la rue ou dans un "
vestibule ". À l'origine,
le tissage était principalement
l'uvre des Peuls Maabube.
Le tissu est
parole
Dans la mythologie Dogon, le 7ème
ancêtre se métamorphose
en métier à tisser pour
communiquer la parole aux hommes.
L'ancêtre se sert de sa bouche
pour cracher 80 fils de coton. Par
le mouvement de va-et-vient de sa
mâchoire, ouverte et refermée
tour à tour, l'ancêtre
recrée le mouvement des lisses
du métier.
Ainsi, le 7e ancêtre parle tout
en tissant. C'est pourquoi, dans la
langue Dogon, le mot tissu veut dire
" c'est la parole ". Être
nu, c'est " être sans paroles
". Porter une tunique tissée
en bandes de coton, c'est se couvrir
des paroles du 7e ancêtre.
Ce même rapprochement entre
" tissu " et " parole
" existe aussi dans la langue
française puisque les mots
" texte " et " textile
" ont la même racine.
Le Kerka, tissage
prestigieux du Mali
Le Kerka est une moustiquaire offerte
à la mariée peule par
sa mère. Il était accroché
au lit nuptial et faisait partie du
trousseau de la mariée. Le
Kerka est une longue couverture en
laine ou en mélange laine-coton,
très colorée. Elle protège
du froid.
Traditionnellement, quand la mère
passait commande d'un kerka, le tisserand
s'installait chez elle pour tisser.
Cela pouvait prendre une année,
pendant laquelle il était logé
et nourri par la famille. On prenait
bien soin de lui et l'on veillait
à ce qu'il ne manque de rien
pour que le tissage soit unique.
Au moment du mariage, tout le monde
admirait le Kerka. Le paiement du
tisserand se faisait par des offrandes
de vaches et de moutons. On dit que
le kerka n'a pas de prix, il ne s'évalue
pas.
Le tissage au Mali est encore très
vivant et très varié,
même s'il est en péril.
Autrefois, les femmes filaient le
coton ou la laine à la main
; de plus en plus, le fil industriel,
qui est cher, s'impose au tisserand.
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Le Tissage au Ghana
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Pays de l'or
Au XVIIIe siècle, au Ghana,
les rois ashantis ont développé
un véritable empire autour
de la ville de Kumasi, grâce
au contrôle de la production
de l'or.
Le kente, vêtement
de cour royale
Le principal tissage du Ghana est
le kente.
C'est une étoffe traditionnelle
dans laquelle se drapaient, à
la manière d'une toge romaine,
les dignitaires politiques et sacerdotaux
des grandes chefferies.
La soie n'était pas produite
au Ghana mais vers 1730, Okupu Ware
I, roi Ashanti, achetait de riches
étoffes de toutes les couleurs
à la Lybie ou à l'Europe.
Dans le village de Bonwire, les tisserands
du roi défaisaient ces étoffes
dont ils mêlaient la soie au
coton pour tisser les kentes, aux
magnifiques couleurs variées.
Les motifs à la gloire du clan
royal font appel à des fils
jaunes, rouges, verts et noirs. Le
jaune symbolise l'or, la grande richesse
du pays.
Des motifs
chargé de sens
Au Ghana, les deux grandes régions
du kente sont la région Ashanti,
et la région Ewe. Les étoffes
Ashanti ont une ornementation qui
joue sur la seule abstraction, tandis
que les étoffes Ewe intègrent
çà et là des
éléments figuratifs.
Chaque motif a une valeur symbolique.
Les motifs n'ont pas qu'une signification
possible. Le sens peut évoluer
d'une époque à une autre,
d'un tisserand à un autre.
Emblème de
l'identité africaine
Aujourd'hui, le régime politique
du Ghana et une république,
mais les chefs traditionnels ont toujours
prestige et pouvoir.
Kwame N'Krumah, premier président
du Ghana indépendant avait
remis à l'honneur le kente
comme costume national. Il fut adopté
par des leaders africains comme emblème.
Même si aujourd'hui, l'utilisation
du kente s'est démocratisée,
il est toujours un vêtement
de prestige. Il est réservé
aux cérémonies et aux
festivités. Par exemple, le
kente est porté à l'occasion
de la naissance du premier enfant
d'une femme. Il est utilisé
dans les rites funéraires.
Les ecclésiastiques utilisent
également le kente dans leurs
cérémonies religieuses.
Les grands couturiers commencent à
intégrer le kente dans la confection.
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 Le
Tissage au Maroc
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Il existe deux techniques
de base au Maroc:
Le nouage, dans le Haut-Atlas : les
brins de laine sont noués sur
les fils de chaîne.
Le tissage, dans le Moyen-Atlas :
le fil de trame croise le fil de chaîne.
Un être
vivant
Aujourd'hui, s'il reste encore des
femmes qui travaillent dans leur propre
maison, les ateliers collectifs qui
produisent pour la vente se sont multipliés.
Traditionnellement, le métier
à tisser n'est pas considéré
comme un objet inerte mais comme une
entité vivante. Pour la tisseuse,
le métier est une personnalité
qu'elle vénère et salue
chaque jour. Le métier reçoit
des offrandes, aucun vêtement
n'est accroché à ses
montants. Il n'est ni traversé,
ni enjambé. Une personne de
sexe masculin ne passe pas derrière
le métier au risque de devenir
stérile.
Cette conception s'exprime à
chaque phase de la fabrication d'un
ouvrage : à l'ourdissage (assemblage
des fils de laine qui vont constituer
la chaîne) et au montage de
la chaîne sur le métier.
Au cours de l'installation du métier,
rien n'est laissé au hasard
: le lieu, l'orientation, et les personnes
présentes.
Rituels et protection
Certains symboles tissés ou
couleurs de laine protègent
contre les forces du mal (l'il,
la main de Fatima, le chiffre 7, le
noir
) ; d'autres favorisent
la fécondité (le serpent,
le scorpion
)
En nouant la laine dans le métier
à tisser, la tisseuse se libère
de ses craintes et de ses angoisses.
Les motifs qu'elle a tissés
peuvent être l'objet d'une création,
l'expression d'une écriture
secrète (représentation
de ce qui est tabou) ou la reproduction
d'objets familiers.
Une affaire de femmes
Le tissage est un savoir-faire transmis
de mère en fille. La valeur
d'une femme se mesure à la
richesse des uvres qu'elle a
tissées. L'intérieur
de l'habitat traditionnel est composé
de tapis et de couvertures tissées
par les femmes. Les vêtements
traditionnels (djellabas, handira,
salham
) sont aussi tissés
par les femmes. Ainsi, on peut dire
que l'homme vit dans " un univers
de femmes ".
Le tissage représente pour
les femmes un temps de loisir, de
détente après le travail
domestique et agricole ; elles mettent
à profit le temps de la grossesse
pour tisser. Pour une tisseuse marocaine,
le lien symbolique entre la création
et l'enfantement est très fort.
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Un travail collectif
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Les
tisseuses du Maroc et les tisserands du
Ghana et du Mali sont à l'origine
de cette exposition. Ignorant leurs noms,
nous ne pouvons les citer mais, sans eux,
sans leur patience, leur goût du travail
bien fait, leur compétence et leur
capacité créatrice, cette
exposition n'existerait pas.
Devant
leurs belles uvres, Kandiura Coulibaly
et un petit groupe de l'association Cinémas
d'Afrique Angers ont eu l'idée de
créer cette exposition. Puis, intéressées
par le projet, de nombreuses personnes,
pour la plupart bénévoles,
ont apporté leur brin de laine à
l'uvre tissée.
Chacun, selon les disponibilités
et ses compétences, a contribué
avec enthousiasme à cette oeuvre
collective.
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