Exposition Paroles de tisserand

 

EXPOSITION
Paroles de tisserand
DU 31 JANVIER AU 28 MARS 2009 

 

 

Paroles de tisserand

L’origine du projet

Construite en collaboration étroite avec des artistes africaines et français, cette exposition rend compte d’une tradition encore très vivace malgré la concurrence massive de l’industrie. Dans la région de Ouarzazate au Maroc, à Kpetoe et Bonwire au Ghana, et un peu partout au Mali, des milliers de personnes croisent les fils pour embellir le décor du monde. Au cœur de l’exposition, les gestes de la femme ou de l’homme devant le métier, dans l’atmosphère paisible de l’atelier. Et, naturellement, les belles pièces, presque toujours identifiables au premier regard, hanbels du Maroc, kerkas du Mali, kentes du Ghana.

Un travail collectif

Les tisseuses du Maroc et les tisserands du Ghana et du Mali sont à l’origine de cette exposition. Devant leurs belles œuvres, Kandiura Coulibaly et un petit groupe de l’association Cinémas d’Afrique Angers ont eu l’idée de créer cette exposition.

Le Tissage au Maroc

Il existe deux techniques de base au Maroc: Le nouage, dans le Haut-Atlas : les brins de laine sont noués sur les fils de chaîne. Le tissage, dans le Moyen-Atlas : le fil de trame croise le fil de chaîne.

 

Un être vivant

Aujourd'hui, s'il reste encore des femmes qui travaillent dans leur propre maison, les ateliers collectifs qui produisent pour la vente se sont multipliés. Traditionnellement, le métier à tisser n'est pas considéré comme un objet inerte mais comme une entité vivante. Pour la tisseuse, le métier est une personnalité qu'elle vénère et salue chaque jour. Le métier reçoit des offrandes, aucun vêtement n'est accroché à ses montants. Il n'est ni traversé, ni enjambé. Une personne de sexe masculin ne passe pas derrière le métier au risque de devenir stérile. Cette conception s'exprime à chaque phase de la fabrication d'un ouvrage : à l'ourdissage (assemblage des fils de laine qui vont constituer la chaîne) et au montage de la chaîne sur le métier. Au cours de l'installation du métier, rien n'est laissé au hasard : le lieu, l'orientation, et les personnes présentes.

 

Rituels et protection

Certains symboles tissés ou couleurs de laine protègent contre les forces du mal (l'œil, la main de Fatima, le chiffre 7, le noir…) ; d'autres favorisent la fécondité (le serpent, le scorpion…) En nouant la laine dans le métier à tisser, la tisseuse se libère de ses craintes et de ses angoisses. Les motifs qu'elle a tissés peuvent être l'objet d'une création, l'expression d'une écriture secrète (représentation de ce qui est tabou) ou la reproduction d'objets familiers.

 

Une affaire de femmes

Le tissage est un savoir-faire transmis de mère en fille. La valeur d'une femme se mesure à la richesse des œuvres qu'elle a tissées. L'intérieur de l'habitat traditionnel est composé de tapis et de couvertures tissées par les femmes. Les vêtements traditionnels (djellabas, handira, salham…) sont aussi tissés par les femmes. Ainsi, on peut dire que l'homme vit dans " un univers de femmes ".

Le tissage représente pour les femmes un temps de loisir, de détente après le travail domestique et agricole ; elles mettent à profit le temps de la grossesse pour tisser. Pour une tisseuse marocaine, le lien symbolique entre la création et l'enfantement est très fort.

Le Tissage au Mali

Selon certaines thèses, le métier à tisser aurait été inventé plus ou moins simultanément dans plusieurs endroits de la planète. L'un de ces centres de création serait le Mali. Dès le XIe siècle, le tissage du coton était développé chez les Tellems (habitants des falaises avant les Dogons). Au Mali, le travail du tissage est habituellement réservé aux hommes. Il se pratique sous un arbre dans la rue ou dans un " vestibule ". À l'origine, le tissage était principalement l'œuvre des Peuls Maabube.

 

Le tissu est parole

Dans la mythologie Dogon, le 7ème ancêtre se métamorphose en métier à tisser pour communiquer la parole aux hommes. L'ancêtre se sert de sa bouche pour cracher 80 fils de coton. Par le mouvement de va-et-vient de sa mâchoire, ouverte et refermée tour à tour, l'ancêtre recrée le mouvement des lisses du métier. Ainsi, le 7e ancêtre parle tout en tissant. C'est pourquoi, dans la langue Dogon, le mot tissu veut dire " c'est la parole ". Être nu, c'est " être sans paroles ". Porter une tunique tissée en bandes de coton, c'est se couvrir des paroles du 7e ancêtre. Ce même rapprochement entre " tissu " et " parole " existe aussi dans la langue française puisque les mots " texte " et " textile " ont la même racine.

 

Le Kerka, tissage prestigieux du Mali

Le Kerka est une moustiquaire offerte à la mariée peule par sa mère. Il était accroché au lit nuptial et faisait partie du trousseau de la mariée. Le Kerka est une longue couverture en laine ou en mélange laine-coton, très colorée. Elle protège du froid. Traditionnellement, quand la mère passait commande d'un kerka, le tisserand s'installait chez elle pour tisser. Cela pouvait prendre une année, pendant laquelle il était logé et nourri par la famille. On prenait bien soin de lui et l'on veillait à ce qu'il ne manque de rien pour que le tissage soit unique. Au moment du mariage, tout le monde admirait le Kerka. Le paiement du tisserand se faisait par des offrandes de vaches et de moutons. On dit que le kerka n'a pas de prix, il ne s'évalue pas. Le tissage au Mali est encore très vivant et très varié, même s'il est en péril. Autrefois, les femmes filaient le coton ou la laine à la main ; de plus en plus, le fil industriel, qui est cher, s'impose au tisserand.

Le Tissage au Ghana

Pays de l'or

Au XVIIIe siècle, au Ghana, les rois ashantis ont développé un véritable empire autour de la ville de Kumasi, grâce au contrôle de la production de l'or.

 

Le kente, vêtement de cour royale

Le principal tissage du Ghana est le kente. C'est une étoffe traditionnelle dans laquelle se drapaient, à la manière d'une toge romaine, les dignitaires politiques et sacerdotaux des grandes chefferies. La soie n'était pas produite au Ghana mais vers 1730, Okupu Ware I, roi Ashanti, achetait de riches étoffes de toutes les couleurs à la Lybie ou à l'Europe. Dans le village de Bonwire, les tisserands du roi défaisaient ces étoffes dont ils mêlaient la soie au coton pour tisser les kentes, aux magnifiques couleurs variées. Les motifs à la gloire du clan royal font appel à des fils jaunes, rouges, verts et noirs. Le jaune symbolise l'or, la grande richesse du pays.

 

Des motifs chargé de sens

Au Ghana, les deux grandes régions du kente sont la région Ashanti, et la région Ewe. Les étoffes Ashanti ont une ornementation qui joue sur la seule abstraction, tandis que les étoffes Ewe intègrent çà et là des éléments figuratifs. Chaque motif a une valeur symbolique. Les motifs n'ont pas qu'une signification possible. Le sens peut évoluer d'une époque à une autre, d'un tisserand à un autre.

 

Emblème de l'identité africaine

Aujourd'hui, le régime politique du Ghana et une république, mais les chefs traditionnels ont toujours prestige et pouvoir. Kwame N'Krumah, premier président du Ghana indépendant avait remis à l'honneur le kente comme costume national. Il fut adopté par des leaders africains comme emblème. Même si aujourd'hui, l'utilisation du kente s'est démocratisée, il est toujours un vêtement de prestige. Il est réservé aux cérémonies et aux festivités. Par exemple, le kente est porté à l'occasion de la naissance du premier enfant d'une femme. Il est utilisé dans les rites funéraires. Les ecclésiastiques utilisent également le kente dans leurs cérémonies religieuses. Les grands couturiers commencent à intégrer le kente dans la confection.

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