Gilbert Garcin

 

EXPOSITION
GILBERT GARCIN
DU 28 JANVIER AU 27 MARS 2008 

 

 

« Débris rescapés du Meccano de son fils, bouts de ficelles et petits cailloux, armé de colle, de ciseaux et de son appareil photo, Gilbert Garcin bricole de minuscules maquettes, pour lesquelles il bidouille des éclairages « pour faire vrai » et photographie ainsi, jour après jour, les différents actes de son petit théâtre intérieur. Jouant avec ses autoportraits, et clonant sans complexe sa silhouette de « Monsieur Tout-le-Monde », il se met ensuite en scène dans des situations les plus surréalistes ; le voici donc, tour à tour, Sisyphe poussant son énorme pierre, ou pauvre hère derrière une pendule à Courir après le temps, L’égoïste jouant à saute-mouton avec lui-même à perte de vue, ou Le paon faisant la roue avec sa propre effigie.

Ce vague cousin de Tati, ce fils spirituel de Magritte, fabrique avec humour et une pointe d’intranquillité des tableaux parodiques, n’hésitant pas à se moquer de lui-même et de nous tous, par la même occasion. Ne pas tourner en rond, Connaître ses limites, Etre maître de soi. Faisant des maximes ses choux gras, de fil en aiguille Gilbert Garcin élabore non seulement une sorte d’autobiographie fictive, mais aussi toute une philosophie de la comédie humaine ».

Armelle Canitro

La double vie de Gilbert Garcin

Mon premier se présente sous un vernis d'humour

Mon second se compose de questions aussi essentielles qu'abyssales

Mon troisième repose sur un socle d'absurde

Mon tout est l'une de ces photographies aigres-douces concoctées par l'artiste Gilbert Garcin dans le secret de son petit théâtre intérieur.


Une de ces images qui, sous couvert de vous faire rire des aventures d'un bonhomme sans qualités, aux prises avec des situations plus kafkaïennes les unes que les autres, vous entraînent finalement dans le cercle vicieux des problèmes existentiels et insolubles qui se posent à l'homme de toute éternité. Une de ces images donc, qui peuvent même vous trotter dans la tête et vous hanter, jusqu'à ce que, beau joueur, vous acceptiez d'être ainsi mené par le bout du nez, roulé dans la farine, reconnaissant quelque chose de bénéfique à cette douche écossaise qui n'est, après tout, ni plus ni moins qu'un reflet de la vie. Dès lors, sans rien sacrifier du bonheur qu'il y a à savourer leur apparente mais bien réelle légèreté, vous acceptez la méditation sans fin à laquelle ensuite ces images vous convient, comme s'il s'agissait de koans, ces phrases énigmatiques jetées en pâture spirituelle par le mainte zen à ses disciples.

Car à prendre ainsi les mots au pied de la lettre, à courir après cette idée saugrenue de rendre visuelles ses pensées, depuis plus de dix ans Gilbert Garcin élabore une oeuvre plastique originale, à contre-courant des modes esthétiques, une oeuvre aux accents surréalistes teintés d'un zeste de naïveté assumée. Une oeuvre qui emprunte à l'art brut sa spontanéité et son économie de moyens, et au cinéma muet son noir et blanc et son expressionnisme affûtés. Petite cousine de Magritte et de Beckett, une oeuvre poétique et philosophique qui n'hésite pas à se mesurer à la gravité et à l'absurdité de la condition humaine. Une oeuvre salutaire où intranquillité et humour s’acoquinent pour promouvoir une sorte de rédemption par l'autodérision.

Drôle et grinçant comme le Charlot des Temps Modernes, bonhomme en diable comme Monsieur Hulot, doué de surcroît d'un sens très hitchcockien de sa propre mise en scène, l'artiste photographe joue ainsi les funambules entre bon sens populaire et préoccupations métaphysiques, Sans pitié pour son héros anonyme, il en tire les ficelles dans l'ombre, l'abandonnant à des face-à-face ravageurs avec ses grandes angoisses et ses petits arrangements. Humain trop humain. Ainsi, de tableaux en tableaux, « l'homme qui est une image » embobine le spectateur, l'entraînant dans l'énigmatique mécanique de la catharsis.

Nul ne sait en revanche quelle mouche piqua Gilbert Garcin, citoyen au-dessus de tout soupçon qui naquit dans la ville des frères Lumière, La Ciotat, en 1929, et vécut une vie sans histoire en vendant des luminaires à Marseille , le jour où, confronté au vertige de la retraite, il décida de consacrer tout son temps à cet art épatant qui consiste à écrire avec la lumière. La photographie, donc, comme un passe-temps, puis comme un des Beaux-Arts, puis le hasard voulu que remportant le Prix de Photographie de la Ville d'Aubagne, à 65 ans, Gilbert Garcin eut le privilège de suivre un stage en Arles avec Pascal Dolesmieux, grand maître en fantasmagories photographiques, qui lui apprit d'emblée les ficelles du métier. Débris de Meccano, clous, sable, cailloux... il n'en fallait pas plus à Gilbert Garcin armé de colle, de ciseaux et de son appareil photo, pour s'inventer un monde en miniature. Une sorte de jardin lunaire silencieux et épuré à l'échelle des crèches provençales et des maisons de poupées.

En quête d'une créature qu'il aurait toujours sous la main, d'un modèle à sa botte, d'un personnage qui lui obéirait au doigt et à l’œil, l'artiste ne mit pas longtemps à trouver son souffre-douleur sous les traits de ce septuagénaire au crâne respectablement dégarni, portant chemise, cravate, pantalon et pardessus gris impeccables, dont le visage de Monsieur Tout le Monde ne ressemble à personne. Un jour, torturé plus que de raison par ses fantasmes d'ubiquité, il jeta donc sur lui son dévolu, et déposa ce double de lui-même sur sa curieuse planète. Sans le moindre ménagement...

Armelle Canitrot

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